
Foto Sofia Martin Starzenski
Où VOULEZ VOUS aller ?
8/01/10
Louise descend d’un avion, la mèche ébouriffée et les yeux fatigués. Buenos Aires-Paris : 13 heures et on atterrit. Il est là à son bras, dodelinant et tout coloré. Paris est belle, Paris est grise, même au printemps. Il pleut mais elle sourit quand même.
« Ou Voulez-Vous aller ? »
Un taxi gentil. Ses mots doux la surprennent. Chloé rigole et accepte la surprise sans sourciller, dépasse l’étendue du préconçu pour construire des échafauds instables. Il y a des chevaux, des loups et des bonhommes bleus sur son sac et encore plus de milliers de trésors à l’intérieur. Le sac Voulez-Vous rend les taxis parisiens jolis, comme par magie.
Posée négligemment dans l’entrée de chez Sasha, le sac prend son indépendance. Nicolas passe et fouille. Daphné l’attrape et le bourre de vinyles pour la soirée de Géraldine.
Le sac vit, survit de main en main, métissage de propriétaires qui lui créé son identité. S’approprier les distances et les transformer en jeux tendres de voyageurs éternels. C’est une transhumance utopique et éclectique, de chameaux, robots et cirques de gitans.
Diane Desjeux, la créatrice, a cette obsession du non-figé, des liens absurdes qui sont finalement les fils qui tissent ses créations. Elle construit ses sacs avec des milliers de bouts de chiffons, milliers d’idées chopées ça et là, au vol.
Diane a pris le pari de délocaliser sa vie et ses rêves. En treize heures d’avion, elle a déménagé à Buenos Aires, par amour, par passion. Acte impulsif et peu réflexif, la créatrice est devenue voyageuse et exploratrice. Créer est une constante observation des univers qui l’entourent. L’imaginaire de Buenos Aires, espace sauvage qu’il faut savoir dompter, nourrit ses créations.
La folie est là mais on l’aime la folie quand elle met côte à côte des loups sauvages et du vinyle orange.
Le sac est heureux à la fête de Géraldine. Même si on lui a renversé deux whisky coca et un gin tonic sur le corps, il observe. Il nourrit les mains de ces congénères qui attrapent au vol son contenu. Il ne se fatigue pas, il est fidèle et même si Daphné le laisse dans un coin de la pièce, il reste sage, compagnon savant qui attend. Il repartira bientôt.
Saskia de Rothschild * 8 Janvier 2010

